Jean-Pierre travaille dans la construction à Bruxelles. Chaque mois, il envoie de l'argent à sa famille à Kinshasa. L'envoi du vendredi ne partira pas avant lundi — les banques belges ne traitent pas les virements internationaux le week-end. Kinshasa est à trois heures de fuseau horaire en avance sur Bruxelles ; quand le virement finit par arriver, mardi ou mercredi, sa femme l'a déjà attendu plusieurs jours pour payer l'école des enfants.
Ce scénario est familier pour des centaines de milliers de personnes en Belgique. Le pays abrite l'une des plus grandes diasporas d'Afrique centrale et occidentale en Europe — Congolais, Ivoiriens, Sénégalais, Camerounais, Rwandais — qui envoient régulièrement de l'argent vers des familles dans des pays où le coût de la vie dépend en partie de ces transferts. Et pourtant, ce corridor reste parmi les plus chers et les plus lents d'Europe vers l'Afrique.
L'Afrique subsaharienne est la région de réception la plus coûteuse au monde, avec un coût moyen de 8,78 % pour un envoi de 200 USD au premier trimestre 2025.
— Banque mondiale, Remittance Prices Worldwide Issue 53, 2025
Pourquoi ce corridor est si cher
Les corridors Belgique-Afrique centrale et Belgique-Afrique de l'Ouest sont parmi les plus coûteux en Europe pour plusieurs raisons structurelles.
La première est l'architecture bancaire correspondante. Un virement d'une banque belge vers un compte en République Démocratique du Congo, en Côte d'Ivoire ou au Sénégal passe souvent par deux ou trois banques intermédiaires — une en Belgique, une dans un hub financier régional (comme Paris pour les pays francophones d'Afrique), et enfin une banque locale. Chaque étape ajoute un délai de traitement et une marge qui se retrouve dans le taux de change plutôt qu'affichée clairement comme frais.
La deuxième raison est la faiblesse des relations bancaires directes entre la Belgique et beaucoup de pays africains francophones. Moins il y a de banques belges ayant des accords directs avec des banques dans le pays de destination, plus la chaîne d'intermédiaires est longue — et plus le coût est élevé.
La troisième est le dernier kilomètre. Dans des villes comme Kinshasa ou des zones rurales du Sénégal, l'infrastructure bancaire ne couvre pas tout le monde. Même lorsqu'un virement arrive dans le pays, le bénéficiaire doit souvent se déplacer jusqu'à un point de retrait — parfois loin de chez lui — et payer à nouveau pour récupérer ses espèces.
Ce que le corridor a en commun avec tous les autres
Le corridor Belgique-Afrique n'est pas isolé dans ses difficultés. Il partage avec la quasi-totalité des grands corridors mondiaux les mêmes trois problèmes fondamentaux : une chaîne d'intermédiaires bancaires qui ajoute coût et délai, un problème d'identification des bénéficiaires (RIB, IBAN, code SWIFT à gérer sans erreur), et un dernier kilomètre physique difficile à atteindre depuis un réseau purement numérique.
Join the conversation.
0 comments · Be respectful, be specific, be useful.
Be the first to comment.